Supérette japonaise (konbini) symbole des codes sociaux japonais
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La Fille de la Supérette : comprendre les codes invisibles de la société japonaise

Konbini de Sayaka Murata : Une plongée dans l’autisme et la culture japonaise »


« La fille de la superette » chez Folio
Sayaka Murata
Trad. Mathilde Tamae-Bourbon
Éditions Denoël, col. & d’ailleurs, janv. 2018, 124 pages.

Le livre que j’avais initialement choisi n’étant pas disponible à l’emprunt, j’ai rapidement pris celui-ci sur un portant du ‘club des lecteurs’ de la médiathèque et après avoir validé mon choix d’un vague scan de la quatrième de couverture. Je n’avais pas vraiment prêté attention au fond du sujet traité, qui pourtant est un sujet qui me touche et sur lequel je m’étais déjà bien documentée.

L’autrice est une romancière japonaise, née à Inzai, préfecture de Chiba, le 14 août 1979 d’un père juge et d’une femme au foyer.

Ce livre a reçu le Prix Akutagawa, l’équivalent du Goncourt japonais, en 2016.

Comment survivre dans un monde, une société dont on ne comprend pas les codes ?L’héroïne, Furukura, nous montre comment organiser sa vie en tant que neuroatypique au Japon. 

Couverture du roman La Fille de la Supérette de Sayaka Murata
La Fille de la Supérette, roman de Sayaka Murata (Prix Akutagawa 2016)
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Furukura ne comprend pas les implicites :

Pour elle la vie est simple : on fait ce qu’on dit et on dit ce qu’on fait. Mais la société autour d’elle ne fonctionne pas ainsi.
Sa sœur, ses parents, ses amies, et finalement ses collègues ont des attentes implicites sur la façon dont elle est censée agir, comme tout le monde :
les études qu’elle doit mener, le travail qu’elle doit avoir, le mariage qu’elle doit faire, les enfants qu’elle doit avoir.

L’auteure, Sayaka Murata, nous montre l’anxiété que ces attentes créent sur son héroïne et pourtant que la fille de la supérette a trouvé malgré elle – au détour d’une rue et après de nombreuses observations, elle découvre comment mener sa vie pour être équilibrée et heureuse.

Le Konbini dans la peau 

A 18 ans, encore étudiante, Furukura intègre un Konbini en tant que vendeuse et commence un “petit boulot” – バイト (baito) – comme on dit au Japon. C’est à ce moment qu’elle va apprendre tous les codes nécessaires et les façons de gérer ses interactions sociales. 

L’intégration en tant qu’employée dans le konbini est précédée d’une période qui va être capitale pour elle : pendant 15 jours, les futurs vendeurs et vendeuses apprennent par cœur les phrases types pour s’adresser aux clients, quelles attitudes avoir et comment se comporter et à quels moments.

“Je m’enorgueillissais de reproduire avec exactitude les exemples du coach et de la vidéo de présentation…”

Sans en avoir l’air cet apprentissage et cet emploi va être fondamental pour elle.

Notice de survie pour autiste neuroatypique au Japon.

Furukura va ainsi :

  • Mener une vie de routines
  • Avoir un travail concret, 
  • Avoir un cadre de vie strict et réglementé
  • Disposer de codes de communication pour anticiper chaque échange interpersonnel que ce soit avec clients, collègues, amis, proches.

Et lui permet de vivre une vie équilibrée malgré son atypisme.

“En cet instant, pour la première fois, il me sembla avoir trouvé ma place dans la mécanique du monde. Enfin je suis née, songeai-je. C’était, à n’en pas douter, le premier jour de ma vie en tant que membre normal de la société.”

Elle va même aller jusqu’à modéliser les façons de s’exprimer, les intonations et réponses type de ses collègues féminines pour s’en resservir plus tard avec ces amies.

Mais à son âge “avancé” de 36 ans, une femme qui se respecte devrait avoir un vrai travail, être mariée, et avoir des enfants au moins en cours de fabrication. Mais bien sûr ce n‘est pas son cas.

Comment Furukura va t’elle réussir à tout concilier ?

Comment Furukura va-t-elle concilier les routines et l’équilibre de vie qui sont vitales pour elle et qu’elle a enfin réussi à mettre en place face à la pression des ses proches, qui réclame qu’elle devienne enfin “normale”.

“Keiko, je t’en supplie, laisse-moi t’emmener chez le psy…C’est la seule solution pour te guérir.”

L’autrice nous fait vivre de l’intérieur les tensions et les questionnements du au non conformisme de cette femme. Elle me fait vraisemblablement penser à une femme neuroatypique dans le spectre de l’autisme (TSA). Je ne suis pas la seule à l’avoir pensé, je retrouve cette idée développée dans cet article de Georges Mion, et d’autres encore. 

“Je ne vois pas pourquoi je devrais voir tel enfant plutot qu’un autre : à mes yeux ils se ressemblent tous, qu’il s’agisse de la fille de Miho ou de mon neveu.”

La place de l’handicap dans la culture japonaise 

Ce n’est pas le premier média dans lequel je croise des profils neuroatypiques. Plusieurs séries dans lesquelles les femmes ont des hypersensibilités ou des difficultés à communiquer avec les autres Romantics Anonymous ou encore Their Mariage (un peu moins prononcé). 

D’autres dans lesquelles le personnage a un autisme ou un handicap est mis en valeur grâce à la peinture dans la série Dans notre tanière – ライオンの隠れ家 (Raion no Kakurega) dont le personnage est très bien illustré dans la réalité dans cette entreprise superbe de création d’accessoires en tissus aux motifs dessinés par les nombreux artistes handicapés : Herlabony.

Dans chaque exemple, je retrouve la description des difficultés vécues de l’intérieur.

Mais généralement aussi un respect de l’entourage. Ce qui est un peu moins le cas dans la fille de la supérette, car, peut-être plus ancien.

Personnage peintre autiste dans la série japonaise Dans notre tanière
Le frère autiste et peintre dans la série japonaise Dans notre tanière – ライオンの隠れ家

La prise en compte de l’handicap dans la culture japonaise 

Dans le témoignage du youtubeur français sur la chaine @intensementpodcast, Mitsu, évoque sa recherche de diagnostic au Japon. Le vocabulaire utilisé pour qualifier ces neuro divergences est le même que les anglo-saxons :

  • gifted pour doué : ギツテッド (gifuteddo)
  • ADHD pour TDAH :エーディーエッチディー (ē-dī-etchi-dī)  
  • TSA pour trouble du spectre autistique : 自閉症スペクトラム症候群 (jiheishō supekutoramu shōgun) ou alors 自閉症スペクトラム症,  自閉(jihei) signifiant soi + renfermer  et 自閉症 (jiheishō) : autisme

Apparemment, il n’y a pas énormément de différences entre le Japon et la France. La société japonaise progresse de façon similaire à la France sur les diagnostics (temps d’attente importants pour réaliser les test) mais il semblerait que la société japonaise soit un peu moins “jugeante” qu’en France. 

La réaction des japonais à un diagnostic de HQI par exemple est de l’enthousiasme. Par contre, les japonais intériorisent davantage leurs difficultés et comme partout une personne en parcours de diagnostic aura peur du regard des autres. 

En conclusion

Ce livre court mais incisif sur les relations entre neurotypiques et neuroatypiques au japon était délicieux à lire. Au fil de ses réflexions et observations, on prend facilement parti pour Kurukura malgré sa simplicité d’esprit et de raisonnement. C’est ce qui la rend attachante. Il semble que la vulnérabilité des héroïnes japonaises soit un thème récurrent. 

Le Japon fait réellement beaucoup d’efforts pour l’inclusion des personnes neurodivergentes, on peut le constater à travers ce prix.

Comme dans les pays occidentaux, les compétences en termes de diagnostic et d’accompagnement à la neurodiversité, aux handicaps se développent. Le regard porté sur ces personnes y semble relativement respectueux. 

Le vocabulaire à utiliser en cas de besoin est celui emprunté aux anglo-saxons.

Avez-vous déjà lu ce livre ?
Dites-moi, qu’en avez-vous pensé ?


*Si vous n’avez pas lu Konbini, je vous mets le lien ici.
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Si la question des codes sociaux et de la neurodivergence t’intéresse aussi dans un contexte francophone, j’en parle dans cet article : Comment s’exprimer en français sans frustration quand on est neurodivergent ?

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